La répétition des mêmes drames, quelle qu’en soit l’horreur, risque de créer une certaine accoutumance chez ceux qui ne sont pas directement, intimement concernés par eux. Notre sensibilité s’émousse. Notre empathie et notre compassion risquent de sombrer l’indifférence.

Ainsi, il ne se passe de semaines – voire de journées – sans que les médias nous apprennent la mort ou la disparition par noyade d’un grand nombre de migrants, dont les embarcations ont chaviré en pleine mer.

Nous ne sommes pas responsables de ces drames, mais ils ne peuvent nous laisser indifférents.

Ces hommes, ces femmes, ces enfants sont victimes d’un monde injuste et d’odieux passeurs qui profitent de leur misère. Ils fuient des pays en guerre ou des pays touchés par la famine et par la faillite de systèmes économiques, qui ne profitent qu’à une poignée de dirigeants.

Poussés par l’espoir d’une vie meilleure, ils viennent pas centaines de milliers en Europe et leur arrivée provoque des mouvements de rejet, de replis légitimes…

Je l’ai souvent dit, et je le répète, la solution des phénomènes migratoires se trouve dans les pays d’où viennent tous ces migrants. On assiste, hélas, à l’impuissance de l’ONU à imposer la Paix là où il y a la guerre, et à imposer des systèmes économiques et démocratiques plus justes, plus équitables.

D’aucuns soutiennent que l’Europe et ses 500 millions d’habitants peut absorber sans problème un ou deux millions de migrants. Voir. Là encore, je me pose une question. Pourquoi l’Europe ? La plupart de ces migrants sont musulmans. Pourquoi les richissimes pays du Golfe, de populations musulmanes, n’en accueillent-ils aucun ?…

Je pose des questions. Je n’ai malheureusement pas de réponse. Qui en a ? Mais je dis haut et fort que je ne puis rester indifférent à la disparition en mer de tous ces hommes, de toutes ces femmes et de tous ces enfants.

Le croyant aura une prière pour eux. Le chrétien de cœur que je suis – en marge de l’Eglise et de sa kyrielle de dogmes – a une pensée émue pour eux.

Violentes manifestations d’environ 2 000 migrants et d’altermondialistes les soutenant, des militants « No Borders », ce samedi 23 janvier, à Calais. Occupation d’un ferry par des manifestants.

Le lendemain, nouvelle manifestation des commerçants, des entrepreneurs, d’autres acteurs économiques et d’habitants, en présence de Mme Natacha Bouchart, maire de la ville. Environ 2000 personnes également.

Je plains sincèrement tous les Calaisiens victimes depuis quinze ans de l’occupation de leur ville par tous ces migrants dont le nombre est maintenant de 4 000 selon les sources officielles – 8 000 selon les sources policières – qui ne respectent rien, et qui constituent le plus grand bidonville de France.

Beaucoup se préoccupent des conditions de vie terrible des habitants de la jungle, de la promiscuité et de l’insalubrité. Soit. Mais il ne faut pas oublier non plus les conditions insupportables auxquelles sont soumis quotidiennement les Calaisiens. Agressions de personnes, d’automobilistes, vols, attaques de camions, fermeture de nombreux commerces, déficit des commerces restants, disparition d’entreprises, etc., etc.

Que faire ? Les médias rejettent la faute sur l’Angleterre qui refuse d’accueillir tous ces migrants. C’est un peu facile. Les Anglais n’ont pas pour vocation d’accueillir toute la misère du monde.

Toute personne doit avoir droit, sur cette terre, à une vie libre et décente. Nous en sommes loin. Hélas ! Et je ne vois pas solution pour résoudre le problème de la jungle de Calais. Ou plutôt, si. Il y en aurait une. Mais elle est malheureusement irréalisable.

Ce serait que l’ordre remplace le chaos – dont les Occidentaux et plus spécialement les Américains sont souvent responsables – dans tous les pays d’où sont originaires ces migrants. Que les guerres civiles prennent fin et que l’économie redémarre. Alors, tous ces déracinés pourraient retournés chez eux…

Mais il s’agit là de vœux pieux. Nous sommes impuissants à mettre un terme aux guerres qui déchirent le monde. L’ONU, dont se serait la vocation, est dépassée. Quant aux pays qui ne sont pas déchirés par la guerre, mais qui souffrent de la misère, nous sommes impuissants à rétablir la justice sociale. La plupart des aides financières que nous envoyons pour les plus pauvres, sont détournées de leurs bénéficiaires par quelques notables corrompus.

Alors, je le répète, que faire pour résoudre la situation dramatique de Calais ? Il s’agit là d’un défi qui semble au-dessus de nos forces… Un défi qui dépasse les hommes et qu’ils ne pourront peut-être remporter qu’avec l’aide… de Dieu ! Pour les croyants du moins…

Note : Une amie à qui j’ai envoyé cette chronique m’a écrit, à propos de ma conclusion : « Tu parles de l’aide de Dieu, mais quelle aide avons-nous vue dans les camps de concentration? »

Voici ce que je lui ai répondu :

Chère Y.,

Je rebondis sur ta remarque à propos de l’aide de Dieu indispensable, selon moi, pour résoudre le problème de Calais.

En écrivant cela je pensais à cet échange d’Ajax – dans pièce de Sophocle du même nom –avec son père : « Mon fils, lui disait ce père, au combat souhaite la victoire, mais toujours la victoire avec l’aide d’un dieu. » Et lui, insolemment, follement, de répondre : « Avec l’aide d’un dieu, père, cette victoire, même un homme de rien la pourrait obtenir. C’est sans les dieux que, pour ma part, je suis bien sûr de ramener la gloire. »

Ajax, victime « d’hubris » – démesure – sombrera dans la folie, la pire humiliation pour les Grecs épris de raison…

Ce passage, pour moi, nous invite à la plus grande humilité. Je m’interroge souvent sur Dieu. Je ne sais pas s’il intervient dans le monde. Mais je pense de plus en plus qu’il existe avant tout dans le cœur de chacun de nous et qu’il dépend de chacun de nous qu’il ne meure pas. Il était présent à Auschwitz par l’Espérance que certains gardaient en lui, envers et contre tout.

Dieu, c’est avant tout l’Amour et l’Espérance, les seules valeurs capables de donner un sens à la Vie, qui peut-être n’en a pas… C’est la petite étoile qui veille sur moi depuis ma plus tendre enfance, qui ne m’abandonne jamais, même au cœur des nuits les plus profondes…

Et la Foi, comme l’écrivait François Mauriac , « exige un effort, constitue une victoire. Elle est un refus du refus. »