Voyage en Turquie – Pèlerinage aux Dardanelles

Mes amis lecteurs s’étonnent peut-être de mon long silence. Une longue interruption de connexion avec Internet et un voyage en Turquie, avec un pèlerinage aux Dardanelles, en sont la cause.

Pour mémoire, en 1915, un second front a été ouvert aux Dardanelles – sur l’initiative d’un certain Winston Churchill, Premier lord de l’Amirauté britannique, qui devait s’illustrer vingt-cinq ans plus tard – pour soulager le front de l’Ouest, aider la Russie, faire tomber l’empire ottoman et essayer de prendre l’Allemagne à revers.

L’opération fut un désastre sanglant pour les Alliés, malgré le courage et l’abnégation de nos soldats. En raison d’un manque de préparation des Alliés, en raison d’une logistique défaillante et d’approvisionnements insuffisants, et aussi par excès de confiance : les amiraux et les généraux alliés pensaient que les détroits allaient être forcés en un tour de main. C’était sans compter avec le courage également des Turcs.

Les troupes alliées étaient composées d’unités britanniques avec des soldats du Commonwealth, des Australiens, des Néo-Zélandais, et d’unités français avec des régiments coloniaux

Il y eut d’abord une tentative de forcer les détroits par des attaques navales, qui échouèrent, puis des débarquements de troupes et de terribles combats qui se soldèrent par un échec sanglant pour les Alliés.

Entre la première attaque de la flotte franco-britannique, le 19 février1915, et le retrait de nos dernières troupes, le 8 janvier 1916, 180 000 Alliés ont été tués, blessés ou ont disparu. Davantage encore sont morts de maladie : dysenterie et typhoïde. Les Néo-Zélandais et les Australiens – tous volontaires – ont payé un très lourd tribut. Les Français ont perdu plus de 30 000 hommes. Les Turcs entre 250 000 et 400 000 hommes. On ne saura jamais le nombre exact. Un total de plus d’un demi-million d’hommes ont trouvé la mort sur cette presqu’île.

Tous ces hommes ont vécu un véritable enfer. Ils ont connu les brûlures du soleil l’été, la puanteur des cadavres qu’on ne pouvait pas enterrer, la calamité des mouches qui transportaient les maladies, les rigueurs de l’hiver et des premières chutes de neige. Ils ont connu la faim et la soif, avec une eau de mauvaise qualité, qui venait d’Egypte par bateaux-citernes.

Je suis particulièrement sensible à cette campagne, car un de mes grands oncles, le capitaine Frédéric Thivol, est mort là bas en brave – comme les héros de l’Iliade -, à la tête de ses Zouaves, et repose au cimetière militaire français de Seddul-Bahr, où se trouvent 2 340 tombes nominatives et quatre ossuaires renfermant les restes d’entre 12 000 et 15 000 hommes.

J’avais fait le vœu, voici plus de cinquante ans d’aller me recueillir sur la tombe de ce grand-oncle, dont la mort fit tant de peine à ma famille et plus spécialement à sa sœur, ma grand-mère maternelle.

J’ai pu accomplir ce vœu grâce au pèlerinage organisé par l’Association Nationale pour le Souvenir des Dardanelles et Fronts d’Orient à l’occasion du centenaire de cette dramatique campagne.

Pèlerinage très émouvant. Nous étions une trentaine. Tous des descendants de combattants tués, blessés ou disparus là-bas. Mon épouse et une de mes sœurs faisaient partie du voyage, et nous avons pu nous recueillir sur la tombe de mon grand oncle.

Je n’avais rien prévu de particulier pour cette rencontre au seuil de l’Eternité avec ce grand-oncle, et c’est un Notre Père qui est venu spontanément sur nos lèvres au pied de cette tombe. J’avais les larmes aux yeux et les mots peinaient à sortir de ma bouche.

Le 21 septembre eut lieu une cérémonie militaire en présence du colonel attaché militaire français à Ankara, du consul adjoint d’Istanbul, de quelques officiels turcs et d’un peloton de soldats turcs. Discours de la Présidente de notre Association, du consul et de moi-même. Dépôt de gerbes. Sonnerie aux morts. Minute de silence. Marseillaise. Hymne national turc (« La marche de l’indépendance »).

Bref des moments très émouvants dont je garderai toujours le souvenir et un bel hommage pour tous nos soldats qui sont morts là-bas, si loin de la France…

Nous étions les premiers de la famille à venir nous recueillir sur cette tombe et… peut-être ? les derniers…

Quelle sérénité dans ce petit cimetière donnant sur une mer aujourd’hui paisible et qui hier charriait des fleuves de sang ! Là, nos morts reposent en paix. Le hurlement diabolique des armes s’est tu et règne désormais un merveilleux silence…

Nous avons passé ensuite deux jours à Istanbul, ville magnifique, puis trois jours à Trébizonde, sur la mer Noire dans laquelle plusieurs d’entre nous se sont baignés. L’eau était à 25 degrés. Nous avons vu, entre autres, le monastère de Sumela, accroché à la montagne (voir Google) et Sainte-Sophie de Trébizonde (voir également Google).

Voilà. Je parle rarement de moi dans ce blog. « Que m’importe ce qui n’importe qu’à moi ? » comme disait André Malraux. Mais je souhaitais faire partager au plus grand nombre ces moments d’émotion et rappeler cette campagne oubliée des Français et le sacrifice de tous nos soldats, qui sont morts là-bas pour la France et reposent si loin d’elle.

Le sénat et le génocide arménien…

Je pensais – avec la candeur de ma lointaine adolescence – que les sénateurs étaient des sages. Que le grand âge de la plupart d’entre eux, en blanchissant leurs tempes, leur avait apporté une certaine sagesse, un certain bon sens.

Loin s’en faut, hélas ! Voilà que par 127 voix contre 86 – de droite ou comme de gauche –cette noble assemblée a approuvé cette loi inique qui condamne les personnes qui nient le génocide arménien !

Appelons un chat un chat : nous voici donc avec cette loi dans le règne de la pensée unique, celui des régimes totalitaires et fascistes de l’ancienne URSS et de l’Allemagne nazie !… Le règne de l’Eglise au temps de l’Inquisition où l’on brûlait sur les bûchers sur qui osaient mettre en doute ses dogmes…

Il appartient aux historiens et non aux politiques, de dire l’Histoire et aux citoyens de les croire ou non, de faire leur jugement. En aucun l’Etat n’a à leur imposer ce qu’ils doivent penser.

Outre son caractère inique et insupportable, cette loi est absolument désastreuse pour nos relations diplomatiques avec la Turquie.

Il appartient à la Turquie de s’approprier sereinement, de façon apaisée, quand le temps aura faire son œuvre, un passé douloureux. La France n’a pas à s’en mêler.

Valérie Boyer, la députée UMP à l’origine de cette loi inacceptable et injuste, et ceux qui nous gouvernent, feraient mieux de se préoccuper la vie quotidienne de millions de Français qui ont de plus en de mal à finir les fins de mois, de ceux qui n’ont pour manger que les restos du cœur, de tous ceux qui vivent dans des logements insalubres ou qui n’ont pas de logements, etc., etc.

Mais il est plus facile – ô combien ! – de faire plaisir à une communauté de 500 ou 600 000 Arméniens dont notre cher Président compte bien sur les voix, que de s’attaquer aux vrais maux dont souffrent tant de Français !

PS : Personnellement, d’après mes connaissances en histoire, je suis certain qu’il y a effectivement eu un génocide des Arméniens en 1915 et 1916. Environ 1,5 millions d’Arméniens ont été massacrés. Mais ce n’est pas en soufflant sur les braises qu’on rendra notre pauvre monde un peu plus fraternel !

Génocide des Arméniens : retour à la pensée unique !…

Pour des raisons purement électoralistes – les Arméniens sont environ 500 000 en France et leurs voix peuvent assurer la victoire à celui qui les obtiendra – Nicolas Sarkozy ramène la France aux périodes les plus sombres de la pensée unique.

Au IIIe siècle de notre ère, le prêtre Alexandre Arius nia la nature divine du Christ. L’empereur Constantin défendit de lire ses ouvrages et ordonna des les détruire. « Si quelqu’un est surpris ayant caché un livre d’Arius et ne le brûle pas sur-le-champ, il subira la peine de mort. Le supplice capital suivra immédiatement la découverte de la faute. »

Nous avons tous en mémoire les massacres de l’Inquisition et les luttes sanglantes entre catholiques et protestants.

Nous savons tous à quels excès mène aujourd’hui l’intolérance de fanatiques, d’exaltés et d’extrémistes.

La loi votée par le Parlement vendredi dernier, 23 décembre, en condamnant à un an de prison et 45 000 euros d’amende ceux qui nient le génocide des Arméniens par les Turcs en 1915, procède de la même intolérance.

Championne dans le domaine de la législation, la France décide désormais de ce qui est vrai en histoire.

Or cette question n’appartient pas aux gouvernants mais aux historiens, et à eux seuls, chacun ayant la liberté de les croire ou non.

Cette loi du 23 décembre nous rappelle les heures dramatiques de l’URSS, sa pensée unique et ses goulags…

Un Etat qui nie la liberté de pensée commet un crime.

Personnellement, mes connaissances en histoire me laissent penser que les Turcs ont effectivement commis un génocide envers les Arméniens en 1915.

Mais la France n’a pas à condamner ceux qui le nient.

Il appartient aux historiens – et non à la Justice – de faire de façon apaisée toute la lumière sur ce drame.

L’intolérance de Nicolas Sarkozy – qui ferait bien de balayer devant sa porte – risque – sous de fallacieux prétextes de défense des droits de l’Homme – de nous brouiller avec la Turquie et discrédite gravement la diplomatie française.

En imposant cette loi, le président Sarkoy et en la votant, le Parlement, droite et gauche confondues, ont fait faire à la France, terre des droits de l’Homme, un bond de plusieurs siècles en arrière…