Mes amis lecteurs s’étonnent peut-être de mon silence après l’abominable carnage de Nice, ce 14 juillet.

La raison en est simple : tout a été dit, ou presque, et je risque donc de répéter ce que tout le monde sait déjà.

Je voudrais dire cependant, une nouvelle fois après un drame aussi horrible, mon infinie tristesse et ma compassion pour toutes ces victimes. Je pense, bien sûr, à tous ces innocents, que la mort a fauchés stupidement. Gratuitement. Mais je pense également à tous les blessés, dont certains luttent contre la mort, et qui resteront à jamais marqués dans leur chair et dans leur âme par ce massacre. Et je pense enfin, aux proches de toutes ces victimes, séparés à jamais d’un être cher et pour toujours dans le deuil. Se culpabilisant parfois d’être encore en vie, quand tel ou tel de leur entourage a trouvé la mort…

Que de larmes ! Que de souffrances ! Et tout cela, pourquoi ?…

Nous savons aujourd’hui que l’auteur de ces crimes les préparait depuis plus d’un an. Il s’agit en fait de l’aboutissement de la haine pour la France et pour l’Occident qu’il portait en lui et que diffusent sur les réseaux sociaux – et dans certaines mosquées – les partisans de l’Etat Islamique.

Ne nous y trompons pas : nous sommes en face d’une guerre de religion et le but des djihadistes est de massacrer les infidèles et d’imposer au monde l’asservissement de la charia. Ce but, la haine qui l’accompagne et la certitude de gagner le Paradis en tuant le maximum de personnes, séduisent des fanatiques, les attirent comme des miroirs aux alouettes. Et en même temps, par une sorte d’engrenage, ils entraînent vers le crime des esprits fragiles qui pensent donner ainsi un sens à leur vie – ou plutôt à leur mort !

Pour l’Etat Islamique, Dieu commande de se sacrifier soi-même en tuant le plus possible de gens. Il fait croire à ceux dont la vie est un échec que cet échec est la faute des autres, et qu’il faut donc les éliminer

Il n’est pas impossible que l’Etat Islamique cherche à introduire la guerre civile en France. Et il condamne les musulmans modérés, qu’il appelle les « tièdes »… La France se trouve donc dans une situation inextricable : comment séparer le bon grain de l’ivraie ?…

Face à ces criminels qui n’hésitent pas à massacrer leurs semblables, qui les décapitent et diffusent sur la toile ces horribles scènes, je le dis haut et fort, non pas sous le coup de la colère, mais au nom de la justice élémentaire, seule la mort est à la hauteur de tels crimes.

Il faut donc mettre un terme à un sentimentalisme de bon marché et un humanisme funeste. Il faut que notre gouvernement en finisse avec ce laxisme qui le caractérise, avec ses atermoiements qui, au nom de la sacro-sainte Liberté, profitent avant tout aux criminels.

Est-il normal, qu’un an et demi après les attentats de Charlie Hebdo, les policiers municipaux n’aient pas le droit de procéder à des contrôles d’identité ? Qu’ils ne puissent pas avoir les mêmes armes que les policiers nationaux ? Que les policiers aient besoin d’une autorisation préalable pour fouiller les véhicules ? Qu’on laisse des puissances étrangères financer les lieux de culte ? Qu’on ne ferme pas les mosquées salafistes et celles dans lesquelles les imams prêchent la haine ? Que les binationaux soient autorisés à revenir en France à leur retour du djihad ? Que les terroristes bénéficient des mêmes réductions de peine que les simples délinquants ? Etc., etc.

On a là quelques exemples du laxisme coupable de notre gouvernement.

Pour en revenir à Nice, je sais combien il est facile, après un drame, de dire : « Il fallait faire ci… Il aurait fallu faire ça. » J’éviterai donc, faute d’éléments avérés et par risque de manquer d’objectivité ou d’impartialité, de renchérir sur les polémiques concernant les mesures de sécurité qui auraient été prises – ou n’auraient pas été prises – avant le drame. Mais j’avoue m’interroger sur le fait qu’un camion de 19 tonnes ait pu faire, sans être inquiété, plusieurs allers et retours dans Nice, avant le 14 juillet, alors que la circulation de tels véhicules est strictement interdite dans la ville…

Je sais enfin qu’il est à la mode de demander pardon à ses bourreaux et je connais les tentations du syndrome de Stockholm à la suite duquel des otages se prennent d’empathie pour leurs geôliers. Je refuse de céder à de tels appels.

Chrétien de cœur, comme je l’ai souvent avoué dans mes chroniques, croyant à la puissance de l’Amour prêché par le Christ, je refuse cependant de tendre la joue gauche à celui qui me frappe sur la joue droite. Mais je pense qu’il faut toujours une réponse proportionnée au degré des attaques, et qu’il faut toujours avoir dans l’esprit que l’ennemi d’aujourd’hui pourra – dans certaines conditions, bien sûr, et s’il ne se livre pas à certains excès impardonnables – devenir l’ami de demain…

C’est pourquoi, à ceux qui pourrait me trouver très dur, très sévère dans cette chronique vis-à-vis des terroristes, je précise que je souhaite un « juste » châtiment des criminels. Je rappelle que la Justice ne peut se passer de la Force et de la Sévérité, mais elle ne doit jamais oublier, non plus, l’Amour.

Aussi, il me semble que nous ne pouvons pas nous contenter d’une justice froide, cérébrale, et qu’il faut toujours l’accompagner d’une part d’humanité et d’amour. C’est ce qui fait trop grandeur d’être homme.

Les derniers et odieux attentats de Bruxelles suscitent plusieurs réactions chez les politiques sur les peines à appliquer aux coupables de tels crimes.

A ces réactions, nées souvent de l’émotion, je voudrais ajouter mes propres réflexions que je mûris depuis des années et que j’ai déjà exposées plusieurs fois dans ces chroniques.

Toute faute mérite une peine. Une peine graduée selon l’importance de cette faute qui permet au coupable de se racheter et qui apporte une certaine réparation à la victime.

C’est à la Justice de fixer cette peine, et il est bien évident que parfois, dans un certains crimes, aucune réparation ne sera à la hauteur du préjudice subi.

Quoi qu’il en soit, dans un pays comme la France qui est à l’origine des droits de l’homme, je pense que tout criminel, dès l’instant où il est condamné à une peine de prison, doit avoir l’espoir de pouvoir se racheter un jour, de pouvoir s’amender, d’être libéré un jour ou l’autre, et de recommencer une nouvelle vie.

C’est pourquoi je pense que rien ne serait plus inhumain et barbare que de condamner un criminel à la perpétuité en le privant de tout espoir de s’amender, de se racheter.

Mais il est hélas certains crimes si horribles – comme les meurtres de jeunes enfants innocents, et comme les attentats de Paris en novembre dernier ou de Bruxelles en début de semaine – qu’aucune peine n’est à leur mesure, et qu’aucune expiation n’est possible, les criminels étant allés trop si loin dans l’horreur et dans la barbarie.

Seule, pour moi alors, convient la peine de mort, par respect pour leurs victimes et par respect de la Justice. Peine qui marque l’exclusion de la société dont ils se sont odieusement retranchés et peine beaucoup plus humaine qu’une condamnation à perpétuité sans espoir de rachat. Peine enfin qui n’est nullement vengeance mais réponse d’une Justice qui se veut à la hauteur des crimes commis.

Je ne sais pas si une telle peine serait dissuasive. Quelquefois, peut-être, quand je vois la lâcheté d’un Salah Abdeslam, qui n’a pas hésité à tuer des dizaines d’innocents, et n’a pas eu le courage de se faire « sauter » et s’est arrangé pour être pris vivant par la police. Le risque de la peine de mort l’eût peut-être dissuadé de perpétrer de tels crimes…

Quoi qu’il en soit, je refuse une Justice arbitraire et dans l’émotion. Je pense que tout criminel doit avoir droit à un procès équitable et doit pouvoir bénéficier d’un avocat – même si ce dernier me semble parfois défendre l’indéfendable !

Et je pense qu’en dernier lieu, dans le cas d’une condamnation à mort, le condamné doit pouvoir demander sa grâce au Chef de l’Etat. L’abolition de la peine de mort par François Mitterrand a déchargé trop facilement les Chefs d’Etat de la plus grande responsabilité qui leur incombait – décider de la vie ou de la mort d’un homme.

Et si le recours en grâce est rejeté, je souhaite que l’exécution ait lieu rapidement. Je suis scandalisé par la barbarie des Américains qui gardent des condamnés dans les couloirs de la mort pendant dix ans, vingt ans et plus.

Il est bien évident qu’une condamnation à mort ne pourra être prononcée que s’il n’y a aucun doute sur la culpabilité du criminel.

Mon opinion choquera peut-être certains lecteurs. Pourtant elle est inspirée par un sentiment d’humanité, et non de haine ou de de vengeance. Et j’ajoute que lors de l’abolition de la peine de mort, en 1981, on trouva, parmi les opposants… des aumôniers de prison qui se faisaient les interprètes de criminels condamnés à la perpétuité !…

Ils s’appelaient Thomas, Elodie, Nicolas, Guillaume, Alban, Elsa, Patricia, Fabrice, Grégory, Matthieu, Pierre, Cédric, Marie, Quentin, Hélène, David, Aurélie, Manu, Valentin, Lola, Patricia, Hugo, Valérie, Anna, Véronique, Guillaume, Victor, Halima, Houda, Asta, et tous les autres…

Ils étaient venus assister à un concert de rock, fêter un anniversaire à la terrasse d’un café, boire un verre avec quelques amis, etc.

Ils étaient fonctionnaires, étudiants, musiciens, artistes, avocats, etc.

Ils avaient vingt, trente, quarante ans et plus.

Ils aimaient la vie. Ne souhaitaient que vivre en paix.

Et voici que la mort les a fauchés ce vendredi 13 novembre. La mort plus odieuse, la plus abominable qui soit. Une mort que rien ne pourra jamais justifier, fruit d’une haine stérile et d’un mépris de la vie que tous nous condamnons.

Et ils laissent dans les larmes qui un mari, qui une épouse, qui un frère, qui une sœur, qui un ami ou amie, et qui sais-je ? Et ils laissent des enfants à l’aube d’une vie, privés à jamais d’un père, d’une mère !

Ô l’injustice qui frappe tous ces innocents ! Ô la stupidité de tous ces terroristes qui sèment la mort, le sang et les larmes, et sont incapables de se laisser attendrir par le visage d’une jeune fille au printemps de la vie, ou d’un jeune homme fêtant ses vingt ans ! Se sont-ils jamais laissé attendrir par l’amour d’une mère pour son enfant ?…

Ils tuent, tuent et tuent encore, de sang-froid, sans état d’âme, comme on tire sur des cibles dans une fête foraine…

Des heures et des heures – nuits et jours d’horreurs ! – des familles, des proches, cherchent en vain à savoir si tel ou tel est encore en vie. Ils téléphonent ici et là. Appels désespérés dans la nuit.

Puis la nouvelle tant redoutée tombe. Apportée par un proche, par la presse, par la TV ou autre. Un tel est mort. Larmes. Pleurs. Indicible souffrance qui accompagne la perte de tout être aimé.

Ou alors, miracle ! nouvelle inespérée après des heures d’angoisse : un tel est vivant. Blessé mais pas gravement. JOIE ! JOIE à nulle autre pareille ! MERCI mon Dieu !

Tristesse. Désespoir. Incompréhension devant tout ce carnage, tout ce massacre, en cette nuit d’un automne si beau, si doux !

Pourquoi ? Oui, pourquoi tant de haine ? Pourquoi tout ce sang innocent répandu ?…

Puissions-nous cependant, malgré notre désir légitime de vengeance, ne pas céder à la stérilité de la haine !

Refusons également de nous plier devant ces terroristes sans âme. Restons debout. Unis dans le malheur et la souffrance.

Et gardons au fond de notre cœur tous les souvenirs des moments heureux partagés avec ceux que la mort vient de faucher.

J’apprends qu’une très importante nécropole – des Ve et VIIe siècle – a été découverte à Lyon, dans le quartier de Fourvière. Elle renfermerait plus de 600 sépultures.

L’extension des villes et les travaux d’urbanisme s’accompagnent souvent d’importantes découvertes archéologiques et, parmi elles, d’anciennes sépultures.

La connaissance du passé est nécessaire pour comprendre le présent et entrevoir l’avenir. Aussi, il faut se réjouir de toutes les fouilles qui sont entreprises lors de ces découvertes.

Mais une question se pose à moi : que vont devenir tous ces squelettes – ou restes de squelettes – quand ils auront été photographiés sous tous les angles, quand ils auront été analysés, scannés et auront fait l’objet de prélèvements ADN ?

La réponse d’un ami archéologue est sans ambiguïté : ils iront dans des cartons !

Je suis profondément heurté d’une telle issue.

Ces hommes, ces femmes et ces enfants – dont il ne reste que les squelettes ou parties de squelettes – souhaitaient reposer pour l’Eternité dans la terre où ils ont été inhumés. Et ils méritent le respect quelle que soit leur ancienneté.

Il ne saurait bien évidemment pas être question de faire une tombe individuelle à chacun.

Mais ne pourrait-on pas inhumer tous ces ossements dans un lieu paisible –un jardin ombragé avec des fleurs – dans lequel on viendrait se promener, dans lequel on pourrait se recueillir, et dans lequel les morts d’hier pourraient retrouver le sommeil dont on les a tirés ?…

Cela ne coûterait pas des mille et des cents, me semble-t-il, et serait la marque de respect minimum qu’on pourrait leur donner.

A l’approche de la fête de la Toussaint, je lance cette suggestion. Qui la retiendra ?…

Il était en retraite depuis quelques mois ou quelques années. C’était un ancien facteur. Depuis plusieurs mois, il souffrait atrocement d’un cancer de la gorge qui déformait son visage et le rendait méconnaissable. L’issue était fatale. Sans espoir.

Alors, il a accompli l’irréparable. Il a pris un fusil et s’est tirée une balle dans la tête, et c’est son épouse qui a découvert le drame.

Cette histoire, c’est mon coiffeur qui me l’a racontée dernièrement. Il lui avait coupé les cheveux peu de temps auparavant et ne l’avait pas reconnu.

Pourquoi, la loi ne l’a-t-il pas autorisé à mourir sereinement, paisiblement, dignement comme c’est le cas en Suisse et en Belgique ? Cela aurait évité cette fin si tragique et ce spectacle d’horreur pour sa femme ?

Cette question, c’est mon coiffeur qui la pose. Il était tout retourné après avoir assisté à l’enterrement de son ami.

Cette question je vous la pose, à mon tour. Je me la pose.

Je n’ai pas de réponse.