Sensibles, comme le plus grand nombre, aux malheurs des autres – maladie, misère, solitude, etc. – mon épouse et moi-même, nous efforçons de faire des dons, de temps à autres, à des associations caritatives et humanitaires.

Mais je veux dire ici ma colère : en l’espace d’un mois, nous avons reçu, par la poste, plus de vingt appels aux dons, accompagnés de toute une panoplie de gadgets : stylos, agendas, cartes de vœux vierges, feuilles de papier à lettre avec nos initiales, etc.

Je constate donc que la collecte de dons est devenue un véritable « business » et que tous les moyens sont bons pour sensibiliser les éventuels donateurs.

Je me demande si les associations caritatives et humanitaires ne sont pas devenues de véritables entreprises commerciales, qui échangent – ou vendent ? – leurs fichiers, qui n’hésitent pas à consacrer des sommes importantes pour appâter les donateurs, et qui jouent sur la misère du monde pour collecter le plus possible de fonds.

J’avoue que je suis très déçu par cette évolution et cette pratique de « forcer la main » des donateurs en leur distribuant des cadeaux, et en culpabilisant ceux qui ne répondent pas à leurs appels.

Continuerons-nous à faire des dons à certaines associations, malgré leur matraquage publicitaire et nos moyens limités ? Je n’en sais rien. Mais pour l’heure, nous avons choisi une autre solution : aider au moment des fêtes, telle ou telle personne de notre entourage, en difficulté financière.

C’est un don libre et gratuit, pour lequel nous ne subissons aucune pression et dont nous savons que le – ou la – bénéficiaire l’utilisera à bon escient… Cela s’appelle la solidarité sans publicité. Nous n’aurons pas d’autocollant à apposer au dos de nos courriers, signalant à tous, les associations auxquelles nous avons fait des dons.

Mais nous essayons d’être fidèles à cette recommandation du Christ : « Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6, 3-4)

Il ne se passe pas de jour sans que les médias nous apprennent la mort de dizaines – ou de centaines – de migrants en mer, le plus souvent, ou sur terre comme dans ce camion en Autriche jeudi dernier, ou à Calais, et l’arrivée de milliers d’autres en Europe.

Comment rester insensible à ce drame ?!… Pour moi tous les hommes sont frères et leurs souffrances attirent ma compassion.

Mais que pouvons-nous faire ? Certains prétendent que l’Europe avec ses 500 millions d’habitants peut facilement absorber 800 000 migrants ou plus. L’Allemagne soutient ce point de vue, mais il faut rappeler que sa natalité est en baisse et qu’en 2030 elle aura perdu six ou sept millions d’habitants.

D’autre part, je reconnais que la question est moins cruciale pour l’Europe que pour certains pays du Proche-Orient, comme la Jordanie ou le Liban de quelques millions d’habitants, et qui doivent chacun accueillir plus d’un million de réfugiés syriens.

Cependant – tout en souhaitant que la France reste fidèle à sa tradition de terre d’accueil – il me semble qu’elle n’est pas en mesure d’accueillir ces dizaines de milliers de migrants, de leur donner du travail, un logement et de les faire profiter de tous nos avantages sociaux.

Je comprends que des hommes, des femmes et enfants cherchent à quitter leur pays déchiré par la guerre, où leur vie est menacée, ou cherchent à quitter un pays dans lequel ils sont victimes de la famine par suite de profondes crises économiques, de dérèglements climatiques et de l’incompétence de certains gouvernements. A leur place, ne serions-nous pas prêts à risquer notre vie, s’il le fallait, pour rejoindre des terres plus clémentes, où l’on ne risque pas d’être fusillé ou de mourir de faim ?

Cependant, je me demande si accueillir tous ces migrants est la bonne solution. Ne leur appartient-il pas de tout faire, dans leur pays, pour résister aux forces qui les oppressent et les neutraliser ? Ne faudrait-il pas donner des armes à ceux qui souffrent de l’oppression de tyrans, et des aides économiques à ceux dont les pays sont dans la misère ? Mais je sais les limites de ces moyens. L’envoi d’armes peut provoquer une escalade dangereuse dans les guerres. Les aides économiques atteignent bien rarement les plus pauvres, et sont détournés par les plus riches qui font la loi…

J’ouvre ici une parenthèse et veux dire que je trouve choquant que nos soldats risquent chaque jour leur vie et se fassent tuer sur des théâtres d’opérations extérieurs, dont un certain nombre d’habitants viennent vivre en France, à l’abri des dangers, sans prendre part à la libération de leur pays. Les Français de l’Occupation, dans leur immense majorité, n’ont pas déserté le sol de la patrie, et ont largement participé à sa libération… Pourquoi n’en serait-il pas de même avec les Syriens, les Irakiens et les habitants de tous les pays en guerre ou dans une extrême pauvreté ?…

Alors, je me demande – au risque de choquer les bonnes âmes – si, pour enrayer ces flux migratoires la solution ne serait pas de renvoyer par bateaux, la plupart des migrants dans leur pays d’origine en les invitant à prendre leur destin en mains…

J’ai conscience qu’une telle mesure peut sembler manquer d’humanité. Mais – quoi qu’en disent les chantres de la solidarité qui n’ont pas toujours les pieds sur terre – il me semble que la France et l’Europe ne sont pas en mesure d’accueillir les dizaines de milliers de migrants qui viennent sur son sol…

Selon la Fondation de France, 12 % des Français vivraient dans la solitude. Cinq millions d’entre nous n’auraient pas ou peu relations sociales.

Ces chiffres sont dramatiques et nous interpellent tous.

La solitude est peut-être le pire des maux sur cette terre. Nous avons tous besoin d’aimer et d’être aimés. Nous avons tous besoin au petit matin de notre vie, d’être entourés par des parents – ou des proches – dont nous partageons l’Amour et l’affection ; de même quand nous sommes adultes et, au soir de notre vie, qu’elle est précieuse cette main qui nous ouvre les portes de l’Eternité !

Jamais peut-être on a tant parlé de solidarité, et jamais l’individualisme n’a tenu tant de place.

Pourtant que vaut une vie sans partage ?!… Il n’y a pas de joie, pas de bonheur sans partage. Et les épreuves de la vie, les échecs, les maladies, etc. sont toujours moins lourds quand on a près de soi une oreille attentive, une âme compatissante.

Il est une solidarité d’Etat avec la redistribution de nos impôts dans les nombreuses aides sociales. Mais cela ne saurait suffire. Cela ne nous exempte pas de l’attention que nous devons porter à tous ceux dont nous croisons la route. Et cela demande si peu et produit tant. Un simple mot, un sourire, une formule de politesse, etc., qui sont pour un cœur souffrant un rayon de soleil.

Je lis dans le commentaire d’une internaute et dans des courriers échangés avec elle, beaucoup de désespérance et le sentiment qu’avant tout était mieux.

« Il n’y a plus de tolérance… Notre époque est celle des excès… Aujourd’hui on ne croit à rien. On ne vit que pour l’argent et surtout on a perdu la fierté de son pays. Douce France, cher pays de mon enfance, où es-tu ? Etc. »

Cette désespérance est hélas partagée par beaucoup aujourd’hui et, comme me dit cette internaute : « Positiver est bien dur dans cet océan de négativité. »

Il est vrai que notre époque est marquée par un matérialisme et un individualisme profonds. Et il est vrai que la crise économique et financière dramatique que nous connaissons ne conduit pas à l’optimisme. Mais doit-on pour autant baisser les bras et s’abandonner au découragement ?

Je ne crois pas à l’âge d’or et toute époque a son lot, plus ou moins grand, de souffrances. Il y a soixante-dix ans la France et l’Europe étaient sous la botte nazie et la vie – ou la survie – était encore plus difficile qu’aujourd’hui.

Et les Français d’alors furent loin d’être tous des héros ou des salauds. La plupart furent attentistes et opportunistes.

Mais grâce au courage, à l’abnégation, au sacrifice d’un petit nombre, la France et l’Europe ont retrouvé la Liberté et la Paix. Nous sommes les héritiers de ces hommes et de ces femmes courageux qui ont refusé la fatalité et on espéré contre tout espoir. Et nous avons le devoir de sauvegarder leur héritage.

Aussi nous devons refuser le matérialisme et l’individualisme qui ne mènent à rien, et refuser le nihilisme ambiant.

Ce ne sont pas les majorités mais les minorités qui font l’Histoire. Soyons fiers de nos aînés qui ont donné leur vie pour la France et suivons le chemin qu’ils nous ont tracé !

Je ne sais pas si la Vie a un sens, mais je sais que nous pouvons lui en donner un. Il y a des valeurs supérieures qui nous dépassent et auxquelles nous pouvons consacrer notre vie.

Ces valeurs ont pour nom l’Amour, la Générosité, la Solidarité, le Respect, la Justice, la Liberté, la Paix. Dans un monde où tout passe, ces valeurs sont éternelles.

Cessons de dire que tout était mieux dans le passé, et défendons dans nos actes ces valeurs. Je crois en leur contagion et je fais mienne cette pensée du philosophe Héraclite d’Ephèse qui disait, voici 24 siècles : « Sans l’Espérance, on ne trouve pas l’inespéré ».

L’Espérance c’est le refus de la fatalité. Il dépend de nous que cette flamme, cette toute petite et fragile flamme, ne s’éteigne pas !

Nos dirigeants socialistes sont toujours prompts à donner des leçons de morale et feraient bien de balayer devant leur porte.

Ainsi en est-il de notre ministre du logement, Cécile Duflot, qui met en demeure l’Eglise de mettre ses bâtiments inoccupées à la disposition des sans logis.

C’est oublier un peu vite tout ce que fait l’Eglise pour les sans abris et les SDF.

C’est se défausser sur elle des responsabilités de l’Etat dont c’est le rôle, en premier lieu, de lutter contre l’indigence et la misère.

Cécile Duflot renie ainsi une Eglise à laquelle elle a appartenu – elle était militante de la JOC (Jeunesse Ouvrière Catholique). De plus, partisane enragée du « mariage pour tous », elle semble vouloir en découdre avec le cardinal André Vingt-Trois dont elle n’a pas apprécié l’hostilité déclarée contre ce projet de loi qu’il a qualifié de « supercherie ».

Chacun a le droit d’avoir ses idées. Chacun est libre de changer de chemin s’il pense avoir fait fausse route. Mais brûler ce qu’on a adoré et se laisser porter par le ressentiment n’est jamais bien.

Pour en revenir à l’Eglise, bon nombre de ses prêtres et de ses fidèles pratiquent le partage et la solidarité des Evangiles et font preuve de la plus grande générosité. Je ne sais si Madame Duflot et ses amis socialistes peuvent en dire autant.