par Henri LAFFORGUE | Oct 4, 2015 | Actualité
Mes amis lecteurs s’étonnent peut-être de mon long silence. Une longue interruption de connexion avec Internet et un voyage en Turquie, avec un pèlerinage aux Dardanelles, en sont la cause.
Pour mémoire, en 1915, un second front a été ouvert aux Dardanelles – sur l’initiative d’un certain Winston Churchill, Premier lord de l’Amirauté britannique, qui devait s’illustrer vingt-cinq ans plus tard – pour soulager le front de l’Ouest, aider la Russie, faire tomber l’empire ottoman et essayer de prendre l’Allemagne à revers.
L’opération fut un désastre sanglant pour les Alliés, malgré le courage et l’abnégation de nos soldats. En raison d’un manque de préparation des Alliés, en raison d’une logistique défaillante et d’approvisionnements insuffisants, et aussi par excès de confiance : les amiraux et les généraux alliés pensaient que les détroits allaient être forcés en un tour de main. C’était sans compter avec le courage également des Turcs.
Les troupes alliées étaient composées d’unités britanniques avec des soldats du Commonwealth, des Australiens, des Néo-Zélandais, et d’unités français avec des régiments coloniaux
Il y eut d’abord une tentative de forcer les détroits par des attaques navales, qui échouèrent, puis des débarquements de troupes et de terribles combats qui se soldèrent par un échec sanglant pour les Alliés.
Entre la première attaque de la flotte franco-britannique, le 19 février1915, et le retrait de nos dernières troupes, le 8 janvier 1916, 180 000 Alliés ont été tués, blessés ou ont disparu. Davantage encore sont morts de maladie : dysenterie et typhoïde. Les Néo-Zélandais et les Australiens – tous volontaires – ont payé un très lourd tribut. Les Français ont perdu plus de 30 000 hommes. Les Turcs entre 250 000 et 400 000 hommes. On ne saura jamais le nombre exact. Un total de plus d’un demi-million d’hommes ont trouvé la mort sur cette presqu’île.
Tous ces hommes ont vécu un véritable enfer. Ils ont connu les brûlures du soleil l’été, la puanteur des cadavres qu’on ne pouvait pas enterrer, la calamité des mouches qui transportaient les maladies, les rigueurs de l’hiver et des premières chutes de neige. Ils ont connu la faim et la soif, avec une eau de mauvaise qualité, qui venait d’Egypte par bateaux-citernes.
Je suis particulièrement sensible à cette campagne, car un de mes grands oncles, le capitaine Frédéric Thivol, est mort là bas en brave – comme les héros de l’Iliade -, à la tête de ses Zouaves, et repose au cimetière militaire français de Seddul-Bahr, où se trouvent 2 340 tombes nominatives et quatre ossuaires renfermant les restes d’entre 12 000 et 15 000 hommes.
J’avais fait le vœu, voici plus de cinquante ans d’aller me recueillir sur la tombe de ce grand-oncle, dont la mort fit tant de peine à ma famille et plus spécialement à sa sœur, ma grand-mère maternelle.
J’ai pu accomplir ce vœu grâce au pèlerinage organisé par l’Association Nationale pour le Souvenir des Dardanelles et Fronts d’Orient à l’occasion du centenaire de cette dramatique campagne.
Pèlerinage très émouvant. Nous étions une trentaine. Tous des descendants de combattants tués, blessés ou disparus là-bas. Mon épouse et une de mes sœurs faisaient partie du voyage, et nous avons pu nous recueillir sur la tombe de mon grand oncle.
Je n’avais rien prévu de particulier pour cette rencontre au seuil de l’Eternité avec ce grand-oncle, et c’est un Notre Père qui est venu spontanément sur nos lèvres au pied de cette tombe. J’avais les larmes aux yeux et les mots peinaient à sortir de ma bouche.
Le 21 septembre eut lieu une cérémonie militaire en présence du colonel attaché militaire français à Ankara, du consul adjoint d’Istanbul, de quelques officiels turcs et d’un peloton de soldats turcs. Discours de la Présidente de notre Association, du consul et de moi-même. Dépôt de gerbes. Sonnerie aux morts. Minute de silence. Marseillaise. Hymne national turc (« La marche de l’indépendance »).
Bref des moments très émouvants dont je garderai toujours le souvenir et un bel hommage pour tous nos soldats qui sont morts là-bas, si loin de la France…
Nous étions les premiers de la famille à venir nous recueillir sur cette tombe et… peut-être ? les derniers…
Quelle sérénité dans ce petit cimetière donnant sur une mer aujourd’hui paisible et qui hier charriait des fleuves de sang ! Là, nos morts reposent en paix. Le hurlement diabolique des armes s’est tu et règne désormais un merveilleux silence…
Nous avons passé ensuite deux jours à Istanbul, ville magnifique, puis trois jours à Trébizonde, sur la mer Noire dans laquelle plusieurs d’entre nous se sont baignés. L’eau était à 25 degrés. Nous avons vu, entre autres, le monastère de Sumela, accroché à la montagne (voir Google) et Sainte-Sophie de Trébizonde (voir également Google).
Voilà. Je parle rarement de moi dans ce blog. « Que m’importe ce qui n’importe qu’à moi ? » comme disait André Malraux. Mais je souhaitais faire partager au plus grand nombre ces moments d’émotion et rappeler cette campagne oubliée des Français et le sacrifice de tous nos soldats, qui sont morts là-bas pour la France et reposent si loin d’elle.
par Henri LAFFORGUE | Sep 5, 2015 | Actualité, Littérature et poésie

Pauvre petit enfant,
Couché sur sable,
Le visage effleurant l’écume.
Tu dors d’un long somme,
Dans l’innocence de tes trois ans.
Tes parents ont fui la guerre et ses horreurs
Et – hélas ! – le bateau qui devait vous conduire vers la Liberté
a chaviré, et vous a emporté dans la mort,
Ton frère de cinq ans, ta maman de 27 ans et toi.
Seul, ton papa a survécu.
Ta photo fait le tour du monde,
Et déclenche une émotion
Souvent tardive,
Et peut-être trop facile.
Des centaines d’enfants,
Comme toi, meurent depuis des mois
Dans des naufrages en mer
Dans, sinon l’indifférence,
Du moins la passivité et le fatalisme
Du plus grand nombre.
Que faudra-t-il donc pour enrayer
L’absurdité et la stupidité des guerres
Et la mort de tous ceux qui n’aspirent qu’à vivre en paix ?
Pauvre petit enfant !
Emporté à jamais avec les rêves de tes trois ans !
Les bonnes âmes crient « Plus jamais ça » !
Mais que pouvons-nous faire ?!…
Sinon prier pour qu’un souffle d’Amour
Balaie notre pauvre terre
Et donne à tous les mortels que nous sommes,
Un peu de sagesse !
Dors, petit enfant !
Qui auras traversé si rapidement cette vie,
Et n’en auras connu que la mort injuste et prématurée.
Ami lecteur, tu ne le sais sans doute pas
Mais la ville de Bodrum,
Sur la plage de laquelle a été retrouvé
Ce jeune Kurde Aylan Kurdi,
S’appelait dans l’Antiquité Halicarnasse,
Et vit naître, voici 25 siècles,
Un certain Hérodote, le « père de l’Histoire »,
Dont les livres font le bonheur des historiens de tous les temps.
Que restera-t-il des dizaines de milliers chroniques quotidiennes
De nos journalistes dans vingt-cinq siècles ?!…
Qui se souviendra de ce jeune enfant
Qui aura traversé la vie comme une étoile filante ?!…
Que diront de nous, nos descendants ?
Pourront-ils croire que nous étions « civilisés » ?…
par Henri LAFFORGUE | Août 31, 2015 | Actualité, Réflexions diverses
J’avoue que la solution que je suggérais hier – le renvoi par bateaux des migrants dans leur pays d’origine – ne m’enchante guère quand je pense à toutes les souffrances de ces pauvres gens… Et, quand je dis que les Français de l’Occupation sont restés en France et ont libéré d’eux-mêmes la patrie, je n’oublie pas pour autant les huit ou dix millions de réfugiés qui se sont lancés sur les routes, au moment de l’avancée des troupes allemandes, en mai et juin 1940… Eux aussi ne voyaient leur salut que dans la fuite.
Comme tout cela est compliqué !… La solidarité voudrait que l’on vienne en aide à tous les migrants qui fuient leur pays. Mais les faits montre combien cela est difficile, voire impossible. Le faire serait risquer de détruire par asphyxie la France et l’Europe.
Le drame, dans tout cela, c’est que l’homme est un loup pour l’homme. Qu’il est le seul, dans le règne animal, à s’en prendre à la même espèce que lui. Le loup n’attaque pas le loup. Le tigre n’attaque pas le tigre, etc.
Seules des lois justes et sévères peuvent faire régner l’ordre. Mais il est difficile de les imposer et de les faire respecter à un pays et encore plus au monde.
La soif de domination et de richesses, la servilité des courtisans prêts à toutes les bassesses et les compromissions, pour avoir un ersatz de pouvoir, rendent pratiquement impossible l’avènement de la Justice dans le monde.
Enfin, souvent, trop souvent, les religions, au lieu de rassembler, d’unir les hommes dans une même recherche de la Vérité et dans un même Amour, les déchirent dans la barbarie et l’intolérance du fanatisme.
Pour en revenir aux migrants, une solution de quotas par pays d’accueil avait, je crois, été proposée par certains. Les pays d’accueil auraient reçu les migrants selon le pourcentage de leur population. Cette solution me semblait juste, mais a été rejetée. Mais elle ne mettait pas un terme aux flux sans fin des arrivées…
Nous sommes confrontés à un problème inhumain auquel il nous est demandé de trouver la réponse la plus humaine possible. Bien malin qui peut trouver une solution…
par Henri LAFFORGUE | Août 30, 2015 | Actualité, Réflexions diverses
Il ne se passe pas de jour sans que les médias nous apprennent la mort de dizaines – ou de centaines – de migrants en mer, le plus souvent, ou sur terre comme dans ce camion en Autriche jeudi dernier, ou à Calais, et l’arrivée de milliers d’autres en Europe.
Comment rester insensible à ce drame ?!… Pour moi tous les hommes sont frères et leurs souffrances attirent ma compassion.
Mais que pouvons-nous faire ? Certains prétendent que l’Europe avec ses 500 millions d’habitants peut facilement absorber 800 000 migrants ou plus. L’Allemagne soutient ce point de vue, mais il faut rappeler que sa natalité est en baisse et qu’en 2030 elle aura perdu six ou sept millions d’habitants.
D’autre part, je reconnais que la question est moins cruciale pour l’Europe que pour certains pays du Proche-Orient, comme la Jordanie ou le Liban de quelques millions d’habitants, et qui doivent chacun accueillir plus d’un million de réfugiés syriens.
Cependant – tout en souhaitant que la France reste fidèle à sa tradition de terre d’accueil – il me semble qu’elle n’est pas en mesure d’accueillir ces dizaines de milliers de migrants, de leur donner du travail, un logement et de les faire profiter de tous nos avantages sociaux.
Je comprends que des hommes, des femmes et enfants cherchent à quitter leur pays déchiré par la guerre, où leur vie est menacée, ou cherchent à quitter un pays dans lequel ils sont victimes de la famine par suite de profondes crises économiques, de dérèglements climatiques et de l’incompétence de certains gouvernements. A leur place, ne serions-nous pas prêts à risquer notre vie, s’il le fallait, pour rejoindre des terres plus clémentes, où l’on ne risque pas d’être fusillé ou de mourir de faim ?
Cependant, je me demande si accueillir tous ces migrants est la bonne solution. Ne leur appartient-il pas de tout faire, dans leur pays, pour résister aux forces qui les oppressent et les neutraliser ? Ne faudrait-il pas donner des armes à ceux qui souffrent de l’oppression de tyrans, et des aides économiques à ceux dont les pays sont dans la misère ? Mais je sais les limites de ces moyens. L’envoi d’armes peut provoquer une escalade dangereuse dans les guerres. Les aides économiques atteignent bien rarement les plus pauvres, et sont détournés par les plus riches qui font la loi…
J’ouvre ici une parenthèse et veux dire que je trouve choquant que nos soldats risquent chaque jour leur vie et se fassent tuer sur des théâtres d’opérations extérieurs, dont un certain nombre d’habitants viennent vivre en France, à l’abri des dangers, sans prendre part à la libération de leur pays. Les Français de l’Occupation, dans leur immense majorité, n’ont pas déserté le sol de la patrie, et ont largement participé à sa libération… Pourquoi n’en serait-il pas de même avec les Syriens, les Irakiens et les habitants de tous les pays en guerre ou dans une extrême pauvreté ?…
Alors, je me demande – au risque de choquer les bonnes âmes – si, pour enrayer ces flux migratoires la solution ne serait pas de renvoyer par bateaux, la plupart des migrants dans leur pays d’origine en les invitant à prendre leur destin en mains…
J’ai conscience qu’une telle mesure peut sembler manquer d’humanité. Mais – quoi qu’en disent les chantres de la solidarité qui n’ont pas toujours les pieds sur terre – il me semble que la France et l’Europe ne sont pas en mesure d’accueillir les dizaines de milliers de migrants qui viennent sur son sol…
par Henri LAFFORGUE | Août 30, 2015 | Actualité, Réflexions diverses
Une semaine après l’attentat déjoué du 21 août, dans le train Thalys reliant Amsterdam à Paris, des journalistes de France 2 ont demandé à des passagers empruntant la même rame, ce qu’ils feraient en pareille situation.
Tous, sans exception, ont répondu qu’ils se seraient jetés contre le terroriste !
Quelle prétention ! Quel mensonge !
N’est pas héros qui veut.
Le terroriste a pu être désarmé grâce à un heureux concours de circonstances, et à la présence et au courage de quelques passagers.
Sans la présence d’un jeune et courageux Français qui se trouvait à la porte des toilettes quand le terroriste en est sorti et qui l’a immobilisé pendant quinze secondes, et sans le courage de deux militaires américains qui sont venus lui prêter main forte, aidé ensuite d’un ami américain, puis d’autres voyageurs, on aurait assister à un carnage.
Les autres passagers n’auraient rien pu faire. Ils auraient été immobilisés à leur place, auraient essayé de se coucher devant leur siège, et auraient été immanquablement blessés ou tués.
Pour neutraliser un terroriste entraîné au combat, seule la force et l’entraînement de militaires pouvaient réussir.
Il est donc bien prétentieux de la part de ces voyageurs de la semaine suivante, de soutenir qu’ils auraient désarmé le terroriste !
Je regrette souvent la médiocrité des personnes qui reçoivent la Légion d’honneur et trouve que cette décoration est bien souvent galvaudée. Dans le cas présent, je me suis réjoui de son attribution à quatre des « héros » – le terme est bien mérité – qui ont risqué leur vie pour sauver celle de tous les voyageurs de ce TGV.
par Henri LAFFORGUE | Août 30, 2015 | Actualité
Les médias ne cessent de parler de l’incendie – volontaire – de la mosquée d’Auch dans le Gers. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, s’est rendu sur les lieux.
Je condamne, bien sûr, cet acte criminel, qui ne peut qu’attiser les tensions entre les communautés musulmane, chrétienne et laïque.
Mais régulièrement, en France, des églises sont vandalisées et profanées. Je regrette le silence de médias à leur propos.
Là encore, on a deux poids et deux mesures.
La communauté musulmane est présentée comme la seule victime d’une intolérance qui frappe également les chrétiens et que les médias passent injustement sous silence.