Rien n’est pire, pour un pays, que le chaos, aussi tous ceux qui aujourd’hui appellent à la poursuite du mouvement des gilets jaunes me semblent totalement irresponsables.

Certes, il y a en France de nombreuses et criantes injustices, et Emmanuel Macron ne les a pas effacées, lundi soir, d’un coup de baguette magique.

Mais il faut avoir conscience de la complexité du domaine économique et bien se rendre compte que, si l’on donne plus d’argent aux uns, il faudra en demander davantage aux autres. Il n’est pas besoin de sortir de l’ENA, pour comprendre cela. Le coût des mesures annoncées lundi soir par Emmanuel Macron s’élèvera 10 milliards et plus, et il ne faut pas se faire d’illusions, au final, ce sont nos descendants qui devront payer cette dette qui se creuse de plus en plus.

On peut s’en attrister, mais les pauvres resteront pauvres, les riches resteront riches et les plus imposées seront toujours les classes moyennes.

Il faut cependant constater qu’à la demande initiale de la suppression de la taxe sur les carburants des gilets jaunes, s’ajoute maintenant un éventail invraisemblable de demandes absolument impossibles à satisfaire. Ainsi, par exemple, cette demande de la suppression de l’ISF est totalement démagogique : remettre cet impôt poussera les Français les plus riches à ne plus investir en France et risque de plomber encore un peu plus notre économie.

Qu’on le veuille ou non, Emmanuel Macron a été élu démocratiquement – même si de nombreuses voix qu’il a reçues ont été accordées par défaut. Personnellement j’ai voté blanc.

Le drame actuellement en France, c’est qu’il n’y a plus d’opposition crédible. Il appartient donc aux gilets jaunes responsables de se structurer en un mouvement politique, avec des représentants, avec un programme, et en mesure de se présenter démocratiquement aux prochaines élections.

Je condamne pour finir les manipulateurs de tout poil qui, profitant de la crise actuelle, poussent les lycéens à la révolte, et ce tribun opportuniste et démagogue de Jean-Luc Mélenchon, dont le seul but est de faire tomber le gouvernement et de rejouer le troisième tour des présidentielles.

Les Erinyes étaient, dans la Grèce antique, des déesses infernales qui poursuivaient inlassablement les criminels et leurs descendants.

Ces déesses sont tombées dans l’oubli, mais des hommes assoiffés de justice – ou de vengeance ? – poursuivent aujourd’hui leur sombre mission.

Tel est le cas avec l’arrestation en Allemagne de Hans Lipschis, 93 ans, soupçonné d’avoir été gardien à Auschwitz.

Je m’interroge sur l’utilité d’une justice si tardive et je suis toujours gêné quand je vois d’anciens criminels de guerre, âgés et infirmes, amenés sur une civière devant les tribunaux.

Si longtemps après, est-ce bien nécessaire ? Certes les descendants des victimes souhaitent que justice soit rendue. Mais soixante-dix ans après les crimes !?…

Le vieillard d’aujourd’hui n’est plus le jeune homme d’hier, complice du système monstrueux d’anéantissement collectif nazi. Et s’il avait dû être poursuivi, jugé et condamné, cela aurait dû être dans l’immédiat après guerre. Il a coulé depuis des jours – heureux ? ou marqués par les tiraillements de sa conscience, si toutefois il en a une… Les témoins de l’époque ont tous disparu. Alors, à quoi bon, un tel acharnement ?…

Je ne sais pas s’il y a une justice divine, mais je ne crois guère en la justice humaine.

Je pense qu’il y a un temps pour tout. Il faut garder précieusement en mémoire la folie destructrice des nazis. Pour éviter que de telles monstruosités ne se reproduisent. Mais hélas les génocides du Cambodge, du Rwanda, les massacres quotidiens en Syrie, nous montrent que la mémoire préventive est souvent impuissante. L’humanité retombe toujours dans les mêmes ornières…

Pour en revenir aux Erinyes, je rappellerai que les poètes grecs les ont ensuite transformées en Euménides, déesses bienveillantes, porteuses des bienfaits du pardon et de la réconciliation. Valeurs que le Christ apporta au monde quelques siècles plus tard…

Le pardon n’est pas l’oubli, sinon il suffirait d’être amnésique pour pardonner. Le pardon ne peut être donné à la place de la victime or, dans le cas présent, les victimes sont ne sont plus là pour pardonner.

Le pardon est un apaisement du cœur. Le refus de s’enfermer dans un passé stérile et le désir d’aller de l’avant.

Quant à la justice, elle ne peut se passer de l’Amour. Elle doit essayer de trouver des peines à la mesure des crimes commis. Parfois aucune peine n’est à leur mesure. Il arrive que le crime soit si monstrueux que le coupable s’est exclu à jamais de la société. Je me demande si alors la peine de mort n’est pas la seule peine possible. Cette peine, loin d’être une vengeance cruelle et sadique, me semble plus humaine qu’une condamnation à perpétuité, sans le moindre espoir de sortir un jour de prison…

En effet, derrière toute peine, doit se profiler la possibilité de se racheter un jour, de repartir d’un pied nouveau après s’être acquitté de sa dette auprès de la société.

J’en reviens à ma question initiale : est-il utile de poursuivre Hans Lipschis ?…

Cécile, une internaute, a mis ce commentaire à la suite de mon article du 15 juillet sur l’effondrement des bourses : « Je suis d’accord sur le principe, mais c’est malheureusement plus compliqué que ça… »

Voici ma réponse :

J’ai conscience de la complexité de tout cela. En Somalie, par exemple, les rebelles occupent les deux tiers du territoire et empêchent l’aide internationale d’arriver aux personnes touchées par la famine. De même, le gouvernement somalien accaparerait la plus grande partie de cette aide… On ne saurait donc parler d’égoïsme et de manque de générosité des pays occidentaux.

De même les problèmes provoqués par les dettes colossales de la plupart des pays du monde, dépassent les pauvres citoyens que nous sommes, et s’il y avait une solution simple pour les résoudre, elle serait connue et appliquée. Là encore, il est un peut trop simple, voire simpliste de ramener exclusivement ces problèmes à une lutte entre riches et pauvres, comme j’ai peut-être tendance à le faire dans mes articles.

Les écarts de richesse entre riches et pauvres sont souvent injustes et scandaleux. Je les pointe du doigt, mais je sais qu’il n’y a pas que de mauvais riches. Il y a des richesses honnêtement acquises et mises au service de la communauté. Il convient donc d’être nuancé.

Nous sommes totalement impuissants face à la complexité des problèmes qui se posent au monde aujourd’hui. Et les grands – ceux qui détiennent les pouvoirs politiques, économiques et financiers – ne peuvent pas tout, eux non plus.

Nous sommes victimes du nombre. Dès qu’on est plusieurs, il faut faire des efforts pour s’entendre, pour s’accorder. Alors à près de sept milliards et demi d’individus !…

Nous sommes totalement impuissants à résoudre les problèmes de la planète. Mais doit-on pour autant baisser les bras, renoncer, démissionner ?!… Non ! non et non !

Je l’ai souvent dit : le tort des médias, aujourd’hui, c’est précisément de nous montrer en permanence ce qui va mal, ce qui nous dépasse, ce à propos de quoi nous sommes totalement impuissants.

Aussi, je le redis, je crois aux petites choses. A la contagion des petits gestes, des petits efforts, de la générosité de proximité. Agissons là où nous sommes, avec notre conviction et nos petits moyens… Je crois aux pouvoir de la fraternité, du partage des peines et des joies de chaque jour avec ceux qui nous entourent…

Cela ne résoudra pas le problème de la dette grecque, italienne, portugaise, américaine, etc ?… Qui sait ?!… L’effet boule de neige existe. Quand une charge est trop lourde, les efforts de chacun contribuent à l’alléger. L’océan a besoin de chaque goutte d’eau. Sans chacune d’elles, il ne connaîtrait pas sa plénitude…