par Henri LAFFORGUE | Fév 18, 2015 | Réflexions diverses
Il était en retraite depuis quelques mois ou quelques années. C’était un ancien facteur. Depuis plusieurs mois, il souffrait atrocement d’un cancer de la gorge qui déformait son visage et le rendait méconnaissable. L’issue était fatale. Sans espoir.
Alors, il a accompli l’irréparable. Il a pris un fusil et s’est tirée une balle dans la tête, et c’est son épouse qui a découvert le drame.
Cette histoire, c’est mon coiffeur qui me l’a racontée dernièrement. Il lui avait coupé les cheveux peu de temps auparavant et ne l’avait pas reconnu.
Pourquoi, la loi ne l’a-t-il pas autorisé à mourir sereinement, paisiblement, dignement comme c’est le cas en Suisse et en Belgique ? Cela aurait évité cette fin si tragique et ce spectacle d’horreur pour sa femme ?
Cette question, c’est mon coiffeur qui la pose. Il était tout retourné après avoir assisté à l’enterrement de son ami.
Cette question je vous la pose, à mon tour. Je me la pose.
Je n’ai pas de réponse.
par Henri LAFFORGUE | Fév 18, 2015 | Actualité
Nos dirigeants pavoisent. Les cocoricos n’arrêtent pas. La France a vendu 20 rafales à l’Egypte !
Personnellement, cette vente m’inquiète plus qu’elle ne me réjouit.
Qui paiera ces avions ? L’Egypte ? Rien n’est moins sûr, et il n’est pas impossible que l’ardoise soit à la charge par des contribuables que nous sommes, c’est-à-dire vous et moi…
Rien ne me dit que ces avions de chasse ne se retourneront pas demain contre nous. Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire que des armes vendues par la France se retournent plus tard contre elle. L’Egypte aujourd’hui est dans notre camp. Mais jusqu’à quand ?
D’autre part j’éprouve un profond dégoût à voir la France soutenir un pays dont la police jetait il y a peu – jette encore ? – dans les poubelles les cadavres des manifestants !
99% des habitants de notre planète n’aspirent qu’à la paix. Or la paix ne saurait naître de fournitures d’armes aux belligérants. Elle ne pourra naître que de la négociation, de la concertation, de la discussion avec l’entremise de diplomates, dévoués et désintéressés.
Paix hélas dont notre monde semble de plus en plus éloignée, et que la vente de ces vingt rafales de la France ne fera pas progresser !…
par Henri LAFFORGUE | Fév 18, 2015 | Actualité
Quelque deux cents tombes d’un cimetière juif de Sarre-Union, dans le Bas-Rhin, viennent d’être profanées. Les auteurs ? Cinq mineurs, sans antécédents judiciaires. C’est la consternation générale.
Ainsi, même les morts sont poursuivis dans l’Au-delà par la folie et l’égarement des vivants.
Que dire ? Je n’ai pas de mots. Pas d’explications.
Cette profanation est d’autant plus malheureuse qu’elle coïncide avec la vague de crimes antisémistes que nous connaissons. Je ne suis pas sûr cependant qu’il faille faire un lien avec ces derniers.
Je condamne bien évidemment ces actes. Mais il est si facile de condamner assis sur un fauteuil devant un ordinateur…
Et je voudrais, une fois de plus apporter un bémol à toutes ces profanations de sépultures juives. Ces sépultures ne sont pas les seules, hélas, à être profanées et, selon les chiffres avancés par le ministère de l’Intérieur, en 2012, 80 % des profanations recensées, visaient des tombes chrétiennes !!!
Je comprends l’émoi, l’indignation des Juifs. Mais je constate, une fois de plus, la partialité des médias qui se font l’écho des malheurs des Juifs et passent totalement sous silence les épreuves aussi douloureuses et condamnables des chrétiens… ?
par Henri LAFFORGUE | Jan 28, 2015 | Actualité, Réflexions diverses
Avertissement :
J’ai beaucoup hésité avant de publier cette chronique, rédigée dimanche dernier. J’avais peur de blesser les Juifs. J’ai conscience de l’horreur sans nom du génocide dont ils ont été victimes. Je perçois leur hantise que de telles atrocités ne se renouvellent, et je comprends le parallèle, en raison d’un certain laxisme ambiant, qu’ils font avec les années trente qui ont précédé ce drame, unique dans l’histoire par son ampleur.
Oui, tout cela je le comprends. Mais, on le lira dans cette chronique, je reproche à l’orateur qui a rappelé ces faits lors de cette cérémonie, à Lyon, de n’avoir eu aucun mot, aucune parole, pour les autres victimes, hier et aujourd’hui, de la folie des hommes.
J’ai bien peur que l’humanité ne soit condamnée à jamais à vivre dans la violence. Et cependant nous pouvons, chacun d’entre nous, là où nous sommes, refuser la fatalité de cette violence et être les messagers de la Paix.
Ce n’est pas en ressassant le passé, en nous plaçant en victimes uniques, exclusives que nous construirons ce monde plus fraternel auquel nous aspirons tous.
A l’issue de la cérémonie, un porte-drapeau m’a dit ceci : « Ils n’ont que la haine, à la bouche ! » Or, la haine, la rancœur, la rancune ne sont jamais porteuses de paix.
Cérémonie du 25 janvier à Lyon :
Il fait froid, en ce dimanche 25 janvier, place Bellecour, à Lyon, où nous commémorons le 70ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau. Le vent du nord fouette les visages. Mais comment pourrions-nous nous plaindre, quand nous pensons à toutes ces victimes innocentes – hommes, femmes, enfants – qui ont été exterminées dans ce camp pour le seul crime d’être juifs ?!…
Oui, souffrir du froid et du vent, le temps d’une cérémonie, n’est rien à côté de toutes ces souffrances innommables de six à sept millions de Juifs morts en déportation.
Il faut garder en mémoire ces crimes et tout faire pour éviter leur retour. Mais…
Mais j’avoue être surpris et contrarié par le discours enflammé du Président de l’Amicale des déportés d’Auschwitz et des camps de Haute Silésie. En un mot, il reproche à nos responsables politiques une certaine inertie face à l’augmentation des actes antisémites. Ils les accusent de ne pas prendre la mesure de la gravité de la situation.
Je comprends son inquiétude. Il est lui-même un rescapé de ce camp de la mort. Il est donc bien placé pour parler de tout cela.
Mais je regrette qu’il ne prêche que pour sa paroisse, que pour les Juifs, et qu’il se limite aux victimes juives de la barbarie nazie.
Je regrette qu’il n’ait eu pas le moindre mot pour les tziganes, les homosexuels, les handicapés, moins nombreux certes que les Juifs, mais qui ont connu le même sort.
Je regrette qu’il n’ait pas eu le moindre mot non plus, pour tous les ennemis du Reich, rayés du monde des vivants, et dont il ne reste que les ombres errantes emportées dans l’anéantissement des camps « Nuit et brouillard ».
Oui, j’aurais aimé que notre orateur en colère évoque ces victimes innocentes que je viens de citer. Qu’il évoque aussi le génocide dont ont été victimes un million et demi d’Arméniens, en 1915.
Et j’aurais aimé qu’il ait une pensée, un mot seulement, pour toutes les victimes de la folie des hommes et des guerres, dans notre monde d’aujourd’hui.
Un mot pour ces vingt millions – oui, je dis bien, vingt-millions ! – de réfugiés qui vivent – ou survivent – dans l’inconfort et la précarité de tentes de fortune, glaciales ou étouffantes, selon les pays et les saisons.
Un mot enfin pour ces cent mille chrétiens qui meurent chaque année pour leur foi.
Les Juifs ont connu l’enfer – c’est indéniable – mais ils ne sont pas les seules victimes, hélas, de la folie et de la barbarie des hommes.
Aujourd’hui, nous sommes tous – Juifs, chrétiens, musulmans, athées, simples citoyens du monde– menacés par un terrorisme aveugle et sans pitié.
Ne ressassons pas un passé dont nous ne pouvons rien changer, mais regardons l’avenir avec confiance. Tournons notre regard vers la pureté du ciel et puisons notre Espoir dans le vol des colombes porteuses des rameaux d’olivier, des rameaux de la Paix !
Oui, ce monde fraternel nous nous rêvons tous est possible. Il ne dépend que de nous !
par Henri LAFFORGUE | Jan 16, 2015 | Actualité
Je l’ai dit et je le répète : je condamne sans appel les attentats de la semaine dernière, et j’estime que la liberté d’expression et la Liberté tout court, doivent impérativement être respectées et défendues.
Cependant, je ne me suis pas joint aux foules qui ont manifesté, dimanche dernier, sous le slogan « Je suis Charlie » et je voudrais dire ici que – malgré ma condamnation sans réserve du terrorisme, malgré ma compassion envers toutes les victimes, quelles qu’elles soient, et tous leurs proches, malgré mon attachement à la Liberté et à la démocratie – « Je ne suis pas Charlie » et je m’indigne des reproches qui sont faits par les médias à tous ceux qui, comme moi, revendiquent cette singularité.
Je ne saurais en aucun cas m’apparenter à une équipe de nihilistes, qui ne croient en rien, qui ne respectent rien, qui crachent sur tout et sur tous !
Chacun est libre, certes, de pratiquer l’humour qu’il veut. Mais je ne partage pas l’humour de Charle Hebdo. Un humour qui ne construit rien. Que ne rapproche personne. Un humour corrosif qui blesse, détruit, anéantit.
Notre monde marche sur la tête. Pour beaucoup la vie n’a aucun sens. Aussi, je pense que le devoir de journalistes responsables – et le devoir de tous ceux qui ont une influence sur l’opinion générale – est – sinon de donner un sens à ce qui pour eux n’en a pas – du moins d’aider les hommes à aimer la vie, à y prendre goût.
Dans un monde de souffrance, dans la nuit qui est la nôtre, les journalistes responsables ont le devoir de donner des notes d’Espoir, de rendre plus supportable l’insupportable, de faire naître – ou renaître – des fleurs dans nos cœurs desséchés par une actualité morbide.
Or, que font les journalistes de Charlie hebdo sinon tirer tout azimut sur tout et sur tous. Sur la religion, sur l’armée, sur la police, sur le gouvernement, etc.
Pardonnez-moi, mais je ne pourrai avoir la moindre sympathie pour des personnes qui, en 1975, en guise de « Joyeux Noël » écrivaient : « Chiez dans les crèches. Achevez les handicapés. Fusillez les militaires. Etranglez les curés. Ecrabouillez les flics. Incendiez les banques. »
D’aucuns me diront qu’il s’agit là d’un humour du second degré. Pourquoi pas du troisième, du quatrième ou du cinquième degré, quant à faire ?… Au risque de me faire traiter de « bégueule » je dirai qu’il s’agit là d’un humour grossier et ordurier, et qui n’apporte rien de positif au monde.
Charlie Hebdo est l’héritier en droite ligne des lanceurs de pavés de mai 1968, qui ont brisé et balayé toutes les valeurs sur lesquelles s’était appuyée notre civilisation occidentale pendant deux mille ans.
A la place de ces valeurs ils ont laissé un vide sidéral, ou plutôt des cloaques immondes et nauséabonds, dans lesquels ils se repaissent et dont ils inondent le monde.
Je ne sais si la vie a un sens. Peut-être n’en a-t-elle pas… Mais je sais que nous pouvons – et que nous devons – lui donner un sens. Ce sont notre insigne grandeur et notre éminent honneur. Il est vrai que ce mot n’a plus guère de sens pour les descendants de mai 1968 !…
Jusqu’à mon dernier souffle, j’essaierai de redonner Courage et Espoir à mes frères de la terre qui souffrent. De leur apporter l’indicible et mystérieux réconfort de l’Amitié et de l’Amour.
Tel ne semble pas, malheureusement, le a but de Charlie Hebdo. Je lis que Wolinski disait à sa femme : « Quand je serai mort, tu jetteras mes cendres aux chiottes comme ça je pourrai voir ton cul ! » Une telle plaisanterie – outre sa grossièreté – montre le sens qu’accordait à la vie ce dessinateur adulé aujourd’hui par les médias !
Il était donc impossible pour moi de défiler pour un tel hebdomadaire. Et encore moins avec une foule inconstante qui encensait et glorifiait d’une même voix, les forces de l’ordre, après avoir conspué et traîné dans la boue, voici moins de trois mois, les gendarmes du barrage de Sivens.
Alors, je crie haut et fort : « NON ! JE NE SUIS PAS CHARLIE ! »
Comprenne qui voudra.