En visitant à Londres, le cabinet de guerre où Winston Churchill avait son PC souterrain, je ne puis m’empêcher de penser à Dominique Strauss-Kahn.

Winston Churchill souffrait d’une addiction à l’alcool et au tabac, comme DSK souffre d’une addiction au sexe. Cela n’a pas empêché le premier d’être un remarquable chef de guerre et un brillant homme politique, et le second – l’histoire le dira peut-être – d’être un bon gestionnaire du FMI et d’avoir su remettre de l’ordre dans cette grande maison.

Cela nous montre que les vices de la vie privée, ne retentissent pas forcément sur la vie publique.

Mais, de telles addictions ne doivent pas dépasser certaines limites. Ainsi, on ne saurait accepter que l’addiction au sexe s’accompagne de harcèlement et pire de viol.

Si DSK a réellement violé cette malheureuse femme de chambre – comme j’en ai peur – il ne se grandit pas en plaidant non coupable.

On ne peut que condamner le viol, mais on peut comprendre – sinon excuser – qu’un homme cède à une pulsion irrésistible. Si tel est le cas pour DSK, qu’il le reconnaisse, qu’il plaide coupable et ne jette pas la honte sur sa victime dont il a déjà brisé la vie.

Hélas, la toute-puissance de sa fortune et de ses réseaux peut transformer le mensonge en vérité, et faire d’une malheureuse victime une parfaite coupable…

Que les journaux à sensation se gargarisent avec l’affaire DSK, soit ! Mais, que David Pujadas, sur Antenne 2, consacre plus de vingt-cinq minutes à cette affaire, c’est vraiment une honte ! Les téléspectateurs ont droit à tous les détails et d’autant plus nombreux qu’on ne sait rien ! L’art de tout dire à partir de rien !…

N’y a-t-il pas en France et dans le monde, des sujets d’actualité autrement plus importants ?…

Et, ce que je dis d’Antenne 2, est sans doute valable pour les autres chaînes. Hier soir, Marie Drucker a trouvé bon de faire un historique de l’affaire et de rediffuser les photos humiliantes de Dominique Strauss Kahn menotté.

Tous ces journalistes se repaissent de ce qu’il y a de plus bas et plus vil en l’homme. Il n’y en a pas un seul pour élever le débat. C’est vraiment affligeant !…

J’ai souhaité que Dominique Strauss-Kahn soit traité comme un homme et j’ai été révolté par la façon dont la Justice américaine et les médias l’ont humilié.

Mais je souhaite ardemment aujourd’hui qu’il n’utilise pas la puissance de sa fortune et de ses réseaux pour imposer sa vérité et étouffer la vérité de la victime ou la Vérité tout court.

Certes Dominique Strauss-Kahn est, aux yeux de notre Justice française, présumé innocent et nous ignorons le témoignage de la victime.

Mais, je ne voudrais pas que les rôles soient inversés et qu’il se place à son tour en victime.

Deux phrases dans sa lettre de démission adressée au FMI m’inquiètent : « A tous, je veux dire que je réfute avec la plus extrême fermeté tout ce qui m’est reproché.

[…] et surtout, surtout, je veux consacrer toutes mes forces, tout mon temps et toute mon énergie à démontrer mon innocence ».

Ne risque-t-on pas d’assister maintenant à la lutte du pot de terre contre le pot de fer et de voir Dominique Strauss-Kahn acheter à coup de centaines de milliers de dollars – qui apparemment ne lui coûtent guère ! – le témoignage de la victime ?…

Je demande donc à cette Justice américaine où les plus fortunés peuvent retrouver la liberté en échange de millions de dollars, de défendre les droits de cette malheureuse femme de chambre qui a tout contre elle : la pauvreté, la religion – elle est musulmane – et l’absence de puissants réseaux sociaux…

L’infidélité conjugale appartient au domaine de la sphère privée et la Justice et les médias n’ont pas à s’en mêler. Mais il en est tout autrement du viol.

Si Dominique Strauss-Kahn a réellement tenté de violer cette femme de chambre – et tout porte à le croire – la Justice doit faire son travail et il doit être démis de ses fonctions.

Je sais que la culture américaine diffère beaucoup de la culture française dans le domaine des médias, et que les photos humiliantes de Dominique Strauss-kahn menotté qui nous choquent, n’ont rien de choquant outre-Atlantique. J’avoue cependant qu’elles me révoltent.

Je suis révolté aussi qu’on ait refusé la remise en liberté sous caution de Dominique Strauss-Kahn et surtout qu’on l’ait incarcéré dans la prison la plus violente et la plus dure des USA. Etait-ce nécessaire ?…

Hélas, les USA ont beaucoup à apprendre dans le domaine de la Justice. Je n’oublierai jamais le sort des prisonniers de Guantanamo, privés de tout jugement et soumis pendant des mois et des années aux tortures les plus barbares, indignes d’un peuple qui se veut le champion de la Démocratie.

Si je suis révolté par la façon dont est traité Dominique Strauss-Kahn, il est bien évident que je n’oublie pas la victime, cette femme de chambre traumatisée et qui portera peut-être à jamais les séquelles de cette folle agression. Il est juste que son agresseur soit poursuivi. Mais doit-on le condamner à soixante-dix ans de prison comme on menace de le faire ?…

Dominique Strauss-Kahn est sans doute un brillant économiste, mais c’est aussi un malade sexuel. Son cas relève avant tout de la médecine… Et quoi qu’il en soit, il reste un homme ce que les juges américains semblent avoir complètement oublié.

Quels que soient les faits reprochés à Dominique Strauss-Kahn, et quelle que soit la sympathie que l’on ait pour lui, il s’agit d’un homme et pas n’importe quel homme !

Aussi, je suis absolument révolté par la façon dont le traite la Justice américaine et par les médias qui se complaisent à diffuser en boucle, sur toute la planète, tous les détails et toutes les photos concernant cette sordide affaire.

On ne ferait pas mieux pour le pire des criminels. Pour la pire des crapules !…

Je ne supporte pas de voir cet homme les mains menottées dans le dos, comme s’il s’agissait d’un vulgaire et dangereux malfaiteur, risquant de s’échapper !…

N’oublions pas que Dominique Strauss-Kahn est Directeur du FMI et était, jusqu’à hier, en tête de tous les sondages pour la prochaine présidentielle !

Tous ceux qui savent encore raison garder, s’accordent à reconnaître ses compétences au FMI où il a su remettre de l’ordre et apporter un peu plus de justice.

Il y a la vie publique et la vie privée. Ne les mélangeons pas et sachons apprécier les compétences de la vie publique.

Si un homme politique commet des fautes graves dans sa vie privée, il me semble souhaitable que la Justice attendent pour le juger qu’il ait achevé les mandats qu’il exerce dans sa vie publique.

En agissant comme elle le fait, la Justice américaine humilie injustement un homme et prive le monde d’un grand serviteur.

Honte à la Justice américaine qui sous prétexte d’égalité devant la loi, commet les pire fautes !